Où règne l'ordre du chacun pour soi,
Où toute nouvelle personnalité est un fardeau à gérer ;
Un pays où demeure le culte de la pensée unique,
Celle-ci imposée par les puissants,
Bien peu modestes,
Et qui dénigrent les différents, les autres, a tort ;
Cassent et humilient ces timides, incapables de se défendre,
Qui en ressortent détruit, démolit, sans jamais, jamais le montrer,
Souffrent en silence et finissent par s'exclure, par s'exclure, eux-mêmes ;
Et de s'exclure, ne parlent plus, ne côtoient plus, sont traités de blasés,
De las et puis d'ennuyés
Ne servant alors qu'à nourrir les conversations médisantes ;
Sont volontairement ignorés, bafoués, oubliés, dans leurs dos,
À leur insu.
Je connais un pays où l'on abandonne sur le bas côté de la route
Ceux qui ne peuvent courir au ch½ur du conducteur,
Où l'on fait mine de ne pas voir les signaux de détresses,
Un pays où, extraordinairement, la qualité des donneurs de leçon
Augmente proportionnellement à leur incapacité de travail et de réflexion.
Alors de ceux-là, certains s'en tirent avec de la chance ;
D'autres en ont moins ;
Et subitement, ce libéralisme fasciste bien installé se transforme en anarchie.
Le chacun pour sa peau sonne et Dieu pour personne.
Chacun veut y mettre, en l'avançant, ses idées, sa propre personnalité,
Qui pour exister doit écraser les autres,
Ces faibles, ces timides, ces muets, ces fantômes.
Que de manque de lucidité ! De considération !
Quelle absence de solidarité et d'appréhension !
En particulier lorsque tous affirment d'une seule et même et unique voix,
Que tout va, tout marche, que l'on s'entend bien,
Et qu'un groupe doit, envers et contre tous, rester uni, homogène et d'une voix.
Pourtant qui le sait ? Mais il ne peut vivre de groupe si ses membres ne respirent pas...
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